Roulotte, ferme, petit théâtre…et groupes militants !

Ça fait maintenant deux mois. Deux mois, que je travaille au petit théâtre de la Grande Vie. Roulotte. Ferme. Petit théâtre… et groupes militants. That’s my new life. J’ai encore des tiroirs vides dans ma roulotte, ça fait grand à côté de la tente. J’ai pris des livres, pour faire joli. Assise à ma table, je vois le soleil. Il sort, là-bas, derrière les arbres, au bout du champ de vigne. En face de moi, un vieux tabouret, à elle. 60 ans qu’elle s’est assise dessus. Dehors, Xavier est là, Thomas et Cédric aussi, à bichonner les légumes que je cuisine. « Je prendrai aussi des fraises ». C’est lundi, jour du marché. Marie-Paul part avec son panier. Je papote, déguste et lèche mes doigts saveur framboise.

Quand je suis rentrée de Colombie, tout me semblait fade, petit, mort. Et les drings drings, les bips bips, les cris du moteur, et les je ne sais quoi ont rempli un grand vide là, dedans. Là-bas, il ne se passe rien, et pourtant, la vie est intense. On vit à une autre altitude. Ici ça sent la mer, là-bas, ça sent les nuages. Sous les tropiques, la vie est plus difficile physiquement, moralement il faut tenir. Mais le rythme est lent, s’arrête, se suspend, se répète et revient quand on ne l’attend plus.

L’entrée de la ferme

Chaque matin, les vaches sont là, broutent, immobiles. Chaque soir, elles sont là encore, tachées de boue, de brume et d’un ailleurs absent. La Colombie me manque, c’est vrai. J’ai un cœur qui bat là bas, caché dans une pierre, enveloppé de coton. Il me tient chaud depuis là-haut. Parfois, les trajets boulot-dodo prennent plus de temps. Ça dépend des tracteurs. Entre les deux, je suis ailleurs, dehors, autour d’une table peuplée de fromages, de salades multicolores et de pains du boulanger du coin, qui vient de s’installer. On ne se connaît pas, moi et tous ces gens avec qui je dois me connecter. Trouver les bons mots, les bons gestes. Comprendre, comprendre. Qu’est ce qui se passe ici ? C’est quoi leurs réalités ? De quoi iels veulent ? De quoi iels ne veulent plus? La Colombie, j’y pense, encore. En silence. En musique, en mouvement, en parole. Mais ici, le feu brûle aussi.

Les paysages tournent, les radis disparaissent, les graines s’enfuient, les fleurs vieillissent. « Il faut aller jusqu’au bout du cycle », me dit Ben, le semencier. « Ce qui est mort renaîtra et repoussera ailleurs ». Alors, je cueille des bleuets, forme des bouquets de poireaux séchés, récolte des semences, trie la chicorée, embache des haricots. Tu aimais la chicorée, toi mamie. Moi, le midi, je prends mon café noir serré. Et rigole de joie d’être arrivée dans ce nouveau paradis que j’ai attitré à mon image, à ton souvenir, avec les morceaux cassés de ma vie, réparés à la main, à l’aiguille, au fil doré. 

Récolte de calendula avec mon amie Loes

Aujourd’hui, je voyage à l’immobile, dans mon refuge, dans mon petit château roulant. Je découvre la culture d’ici, les accents subtils, jeunes et paysans. Tous se mélangent. Et les enfants courent, et les bâches se replient, et les brouettes passent. Tout vit, bouge. Différemment. Très différemment. Et pas à pas, je découvre un autre monde. Celui qu’on ne voit pas mais qu’on ressent. Celui d’un art de vivre, de personnes qui s’entre maillent, qui se parlent, qui échangent. Des idées, des rires, des actions, des rêves. Chacun.e a son rôle, a sa place. Je constate que j’y arrive. Petit à petit. Après des coups de gueule, des pleurs, de la sueur et des coups de grâce. J’y arrive et je me libère. D’abord dans le cœur, dans la tête et puis dans les actions. Ici, il y a des actions. Il y a de la vie. Et moi, je m’y insère, le temps d’un fil.  

Visite de la ferme Le Nord, avec les Zapatistes

Les Zapatistes arrivent. C’est surréaliste, intense, joyeux, déterminé, rebelle, rien n’est impossible. Des dizaines, centaines de personnes qui ne se connaissent pas se parlent, organisent, créent, imaginent, synthétisent, à un niveau européen, belge et régional. Ça donne espoir. C’est l’espoir qui s’incarne, qui écoute, qui se réalise. Une qualité de travail avec trois fois rien, une femme aux cheveux à la fois court et long, bien plus efficace que tous les costards cravatte-tailleurs rencontrés de toute ma vie. Et sans aucun sous, dans les recoins alters des grandes villes, ça bosse, ça chauffe, ça crée, ça s’unit, ça s’entraide. Pourquoi ? Pour un monde juste. Autre chose, que ce qu’on nous impose. Un autre monde qu’on crée, qu’on essaye de créer, comme on peut, ensemble, qu’on se choisit. Et qu’on incarne, dans nos mots, nos gestes, nos silences….Alors j’aime. Mon cœur est ouvert et mon énergie se décuple. Parce qu’enfin, je ne la perd plus à suffoquer, à étouffer. Enfin, je respire. Enfin, ça fait du bien. Avec des inconnus. Que je recroise. Encore. Entre ma solitude que j’aime. Celle qui me concocte des petits plats, m’offre du silence, de l’espace, du temps, de la chaleur d’un bain, d’une balade, d’un chant, d’une récolte, d’un regard vers l’horizon. Et toujours, toujours, cette nature qui me soutient. 

Coucher du soleil depuis la roulotte

Il fait nuit maintenant, le vent souffle le long de ma roulotte. Mes étoiles sont allumées et je rêve de demain. Parce qu’ aujourd’hui, c’était bien, c’était beau, c’était bon, c’était juste. Les journées défilent et de nouvelles personnes rentrent dans mon cœur. Le quotidien d’une vie petit théâtre militant et dodo à la ferme. Une folle et douce aventure que j’aime, que j’aime bien. Je la trouve même magique. Succulente, jouissive. Merci pour aujourd’hui et pour hier. À la nuit, à l’obscure, aux moments difficiles. Qui rendent ma lumière, d’autant plus belle et réjouissante.

Mon petit château roulant

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