Elsy, un combat, un rêve, une femme !

Aujourd’hui, c’est au tour d’Elsy. Je la trouve belle. Elle porte un t-shirt en velours clair qui fait ressortir le teint hâlé de sa peau. Je lui dis que je veux prendre des photos. Elle me dit que non. Qu’elle est en vêtement de travail. Les photos, ce sera une prochaine fois, « si dios quiere ».

Elle m’explique qu’elle a grandit avec sa maman et ses trois frères. Et ton papa ? « No. Y que paso ? » Trois petits mots qui font couler ses premières larmes. Il est parti, comme chaque matin, travailler, pour vendre des matelas. Il n’est jamais revenu. Il appartenait à groupe, et l’autre « le mato ». Sa maman a cherché, cherché, cherché, le corps de son mari. Il a disparu. Simplement. Elle a écrit à ses parents et son père l’a récupérée, elle -la mère d’Elsy- ses quatre enfants et le peu d’affaires qu’elle possédait.

Elsy grandit. A l’âge de 17 ans, elle se marie. C’est un mariage d’amour. Elle donne naissance à un premier fils et porte le second dans son ventre. Après sept mois de grossesse, son époux meurt. Elsy, vingt ans, veuve, et presque deux enfants. Lui, on ne l’a pas tué. La maladie l’emporte, l’hépatite. Et puis l’histoire se répète. Elsy rejoint sa mère, seule, avec son fils, son gros ventre et le peu d’affaires qu’elle possède.

La robe d’Elsy.
Je veux la même pour mon mariage !

Elsy veut apprendre. Elle passe un examen avec son bébé au sein. Elle obtient les meilleurs résultats et décroche une bourse pour étudier à l’université. Elle devient infirmière. Un jour, elle récupère un de ses enfants à la crèche. Il est en sueur, nu, sur un bout de plastique, le biberon bouché. Elle décide d’arrêter de travailler. A 23 ans, elle s’installe avec un autre homme. Ensemble, ils auront cinq enfants. Tout ça, oui, sept bouches à nourrir. Elle redevient infirmière. Son mari travaille dans les transports. Lui, il achète des camions. Elle, elle veut acheter une maison. Les samedis, elle commence à suivre des ateliers. Elsy aime apprendre, je l’ai déjà dit. Elle apprend le recyclage, l’artisanat local, les plantes comestibles et médicinales, l’agriculture biologique, la transformation de fruits. Pendant quatre ans. Et puis, la perspective d’obtenir une maison se répand. Elsy veut son indépendance. Contre 1060 heures de travail. À cinquante ans, elle apprend à cimenter, raccorder des circuits électriques, aligner des briques. Elle se lève à l’aube pour cuisiner, laver la maison, repasser les vêtements, cirer les chaussures, préparer la valise de son mari. Mais ça ne lui convient pas, à lui, son mari. Il quitte Elsy. Après 28 ans de vie commune. Elle, elle, s’accroche à son rêve, sa maison.

Sept enfants et beaucoup de petits-enfants

Aujourd’hui, Elsy a soixante ans passés. Ses sept enfants travaillent. Une vie plus que décente. Enfin. Et quatre universitaires. Elsy pleure. Ils sont là, autour d’elle. Elle n’est pas seule. Chacun d’eux participe à remplir son portefeuille. Elle peut s’acheter de quoi manger, le nécessaire pour la maison, des nouveaux draps quand il faut, mais aussi, des robes, et même, s’offrir une manucure. Si elle le veut. Derrière cette femme accrochée à son balai, sa cuisinière, et sa ribambelle d’enfants, il y a une femme, Elsy. Elle a construit sa propre maison et l’occupe avec grandeur. Ces briques, ce béton, ces tôles, ce sont son palais, son or, son marbre.

Elsy !

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