Cali, Carol et Miguel

Trois coups de cœur.

Cali. Cali, insaisissable, Cali. Un échiquier géant avec des adresses à deux rues et trois chiffres. J’ai clairement perdue la première partie. J’ai pris ma revanche le lendemain. J’ai troqué ma carte en papier pour la fameuse application Maps.me. Je me modernise oui oui. Je me suis perdue (au sens figuré !) dans les ruelles du quartier San Antonio entre fresques, bars, musées et théâtre. En prime, des musiciens, des danseurs et des marchés de créateurs. Après, j’avoue, j’ai craqué, le resto bien trendy, avec lampions et kombucha, juste histoire d’offrir un moment de répit à mon estomac. Au menu : quinoa, noix, et rucula. Le régime campagnard m’attend au tournant. Je savouuuure mon brownie ! 

Cali, capitale de la salsa. Mon prof me dit que mon épaule gauche est trop haute. Les pas de danse ? N’en parlons même pas. J’y arriverai, un jour, si dios quiere. Je rencontre Carol, la fille de Viviane, c’est-à-dire, la petite fille de Doña Ruth. Elle me parle de ses cours de littérature, de la chasse aux sorcières et du massacre des indigènes. Son université ? Un vrai petit Louvain-la-Neuve. Là, elle danse, fait du théâtre, lance un club de ciné, travaille le bois. Tout ça au même endroit. Le soir, elle m’explique  encore la politique, la guerilla, les paramilitaires, les narcotrafiquants. Il y a des frontières invisibles à Cali et les feux d’artifice camouflent les coups de fusil. Parfois. Histoire de gangs, d’enfants, d’adolescents, de micro-trafiquants. Elle, elle veut écrire. Sur les récits de femmes durant les conflits armés. Elle a un amoureux et à deux, ils partiront en Australie étudier. Enfin c’est le plan. Carol, c’est un puit de savoir et d’énergie à 23 ans. Je me sens presque vieille à côté d’elle. L’énergie foisonnante de l’université est déjà bien derrière moi (mais je me console, ici, on me donne maaaaax 24 ans.)

Une rue dans San Antonio
Museo La Tertulia:
El Testigo de Jesus Abad Colorado
Teatro del PRESAGIO : Negro

Miguel. Je l’ai rencontré chez Doña Blanca, sa maman. Elle se nomme la Mère Teresa du village ou «  La mamita gordita ». C’est La voisine de Doña Martha, la cupidon de la rue du fond, et de Doña Ana, l’artiste couturière qui sait tout faire. Son fils, à Blanca, Miguel, 32 ans, une séparation, retour à la case départ. Il prépare une sauce tomate et l’a fait goûter à sa maman. Elle commente. C’est lui qui cuisine, ils se sont disputés et essaye de se faire pardonner. Et puis ce n’est pas gratuit de revenir chez sa mamita. Sévère la Mère Teresa. Le lendemain, on part faire un tour. On traverse des champs. Ici, la nature, on la tue. 8 ans qu’il a travaillé dans les champs. Tout ça. A perte de vue, les champs de caña. Que ça. Pour faire du sucre, du carburant ou du papier. Il a quitté la caña mais il aimait ça, être dehors, avec les gars. Maintenant il travaille à l’intérieur, c’est mieux payé. Une vie typique d’un homme d’ici. Un buen chico, me dit Doña Ruth. Oui je l’ai gardé quand il était petit, me dit Doña Elsy. Avec Miguel, on discute d’ici et d’ailleurs, de notre vingtaine et de notre trentaine. Après trois spots et une cascade, on revient trempé au village. Le lendemain, las mamitas me questionnent avec un sourire au coin des lèvres. Petit village, grand enfer, me dit Doña Ruth. Au club des 3 X 20, notre escapade a fait jaser plus d’une tasse de thé. 

Les copains de Miguel
Tostada de platanos chez Doña Ana, la couturière qui sait tout faire

Petit extra : le soir, je me rends à l’agora, le ventre plein, prête à suivre le cours de danse. Ça va? Oui je dois encore un peu digérer. Ok on va commencer. Qu’est ce que l’engagement ? Selon Dieu…Numéro 43, dans votre Bible… euuuuh excusez-moi, je ne suis pas au bon endroit ? Je pensais qu’on allait danser. Ayuda. Amiga, donde esta ? Je rejoins mes copines puis un autre groupe de femmes en dehors de Nashira. Comment que je pouvais savoir que ce n’était pas à l’agora. Doña je ne sais plus comment m’a dit que c’était là. Bref, de l’autre côté de la route, sur le terrain de foot, la moyenne d’âge a chuté de 10-20 ans, baffle, basses et salsa cardio à gogo. Mes baskets sont toujours trempées. Mes slashs ne me servent à rien. A pieds nus, je me trémousse et me retrémousse dans tous les sens. Une heure plus tard, notre team de survivantes rentre au village, en sueur et déjà bien courbaturées. Chacune regagne son chez elle, 20 mètres de distance nous séparent en moyenne. 

La team de survivantes

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